dimanche 18 janvier 2009

Israël : boycott, désinvestissement, sanctions

Il est temps. Depuis longtemps. La meilleure stratégie pour mettre fin à une occupation sans cesse plus sanglante c’est qu’Israël devienne la cible du type de mouvement mondial qui a mis fin à l’apartheid en Afrique du Sud.

En juillet 2005, une vaste coalition de groupes palestiniens a établi les plans pour réaliser cela même. Ils en appelaient aux « personnes de conscience de par le monde, à imposer de larges boycotts et à mettre en œuvre, contre Israël, des initiatives de désinvestissement similaires à celles qui avaient été prises à l’égard de l’Afrique du Sud, du temps de l’apartheid. » La campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions – BDS pour faire court – était née.

Chaque jour qu’Israël pilonne Gaza apporte davantage de convertis à la cause de BDS et les pourparlers de cessez-le-feu contribuent peu à ralentir cet élan. Le soutien émerge même parmi des Juifs israéliens. Au milieu de l’offensive, quelque 500 Israéliens, dont des dizaines d’artistes et de professeurs connus, ont adressé une lettre aux ambassadeurs étrangers en poste en Israël. Elle appelle à « l’adoption de mesures restrictives et de sanctions immédiates » et dresse clairement un parallèle avec la lutte anti-apartheid. « Le boycott de l’Afrique du Sud a été efficace, mais Israël est traité avec des gants… Cet appui international doit cesser. »

Pourtant beaucoup ne peuvent encore aller jusque là. Les raisons sont complexes, émotionnelles et compréhensibles. Et elles ne sont tout simplement pas satisfaisantes. Des sanctions économiques constituent l’instrument le plus efficace dans l’arsenal non violent. Y renoncer confine à la complicité. Voici les quatre objections majeures qui sont faites à la stratégie BDS, suivies de contre-arguments.

1. Des mesures punitives vont aliéner les Israéliens [juifs] plutôt que les persuader. Le monde a essayé ce qu’on avait l’habitude d’appeler « engagement constructif ». Cela a complètement échoué. Depuis 2006, Israël n’a pas cessé d’avancer dans l’escalade de sa criminalité : accroissant les colonies, lançant une guerre scandaleuse contre le Liban et imposant à Gaza un châtiment collectif par le biais d’un blocus brutal. En dépit de cette escalade, Israël n’a pas été confronté à des mesures punitives, tout au contraire. Les armes et les trois milliards de dollars d’aide annuelle que les Etats-Unis envoient en Israël ne sont que le début. Tout au long de cette période clé, Israël a bénéficié d’un spectaculaire progrès dans ses relations diplomatiques, culturelles et commerciales avec toute une série d’autres alliés. Par exemple, en 2007, Israël est devenu le premier pays non latino-américain à signer un accord de libre échange avec Mercosur. Au cours des neuf premiers mois de 2008, les exportations israéliennes au Canada ont augmenté de 45 pourcents. Un nouvel accord commercial avec l’Union Européenne est établi afin de doubler les exportations israéliennes de produits alimentaires industriels. Et le 8 décembre, les ministres européens ont « rehaussé » l’Accord d’Association UE-Israël, une récompense longtemps convoitée par Jérusalem.

C’est dans ce contexte que les dirigeants israéliens ont lancé leur dernière guerre, confiants qu’ils ne seraient confrontés à aucun coût significatif. Il est remarquable que sur sept jours de commerce en période de guerre, l’index phare de la bourse de Tel Aviv a augmenté de 10,7 pourcents. Quand la carotte ne donne rien, on a besoin du bâton.

2. Israël n’est pas l’Afrique du Sud. Evidemment pas. La pertinence du modèle sud africain tient en ce qu’il prouve que la tactique BDS peut être efficace quand les mesures plus légères (protestations, pétitions, lobbying d’antichambre) ont échoué. Et il y a effectivement de pénibles échos : les cartes d’identité et les permis de conduire avec leur code de couleurs, les maisons rasées au bulldozer et les déplacements forcés, les routes réservées aux colons. Ronnie Kasrils, politicien sud africain important, a dit que l’architecture de la ségrégation qu’il a pu voir en Cisjordanie et à Gaza en 2007 était « infiniment pire que l’apartheid ».

3. Pourquoi faire d’Israël un cas à part alors que les Etats-Unis, la Grande Bretagne et d’autres pays occidentaux font les mêmes choses en Irak et en Afghanistan ? Le boycott n’est pas un dogme ; c’est une tactique. La raison pour laquelle la stratégie BDS devrait être tentée contre Israël est pratique : dans un pays aussi petit et commercialement dépendant, cela pourrait effectivement marcher.

4. Les boycotts rompent la communication ; il nous faut davantage de dialogue, pas moins de dialogue. A ceci, je répondrai par une histoire personnelle. Pendant huit ans, mes livres ont été publiés en Israël par une maison d’édition appelée Babel. Mais lorsque j’ai publié The Shock Doctrine [La Stratégie du Choc, Actes Sud], je voulais respecter le boycott. Sur le conseil de militants BDS, j’ai contacté un petit éditeur appelé Andalus. Andalus est une maison d’édition militante, profondément engagée dans le mouvement anti-occupation et c’est aussi le seul éditeur israélien à se consacrer exclusivement à la traduction en hébreu d’écrits arabes. Nous avons rédigé un contrat garantissant que toute la recette irait au travail d’Andalus et rien à moi. En d’autres termes, je boycotte l’économie israélienne mais pas les Israéliens.

Proposer ce plan requiert des dizaines de coups de téléphone, de courriels et de messages, de Tel Aviv à Ramallah, de Paris à Toronto ou la ville de Gaza. Ce que je veux dire, c’est que dès que vous commencez à mettre en œuvre une stratégie de boycott, le dialogue augmente de façon spectaculaire. Et pourquoi ne le ferait-il pas ? Construire un mouvement requiert de communiquer sans fin, comme beaucoup de ceux qui s’étaient engagés dans la lutte anti-apartheid s’en souviennent. L’argument qui veut que soutenir des boycotts nous couperait les uns des autres est particulièrement spécieux étant donné le déploiement de technologies de l’information bon marché que nous avons sous la main. Nous sommes submergés par les moyens de fulminer les uns sur les autres, par delà les frontières nationales. Aucun boycott ne peut nous arrêter.

Bien des sionistes fiers de l’être se préparent, là maintenant, à marquer des points essentiels : ne sais-je pas que beaucoup de ces jouets high-tech proviennent des parcs de recherche israéliens, leaders mondiaux en technologie de l’information ? Certes, mais pas tous. Après quelques jours de l’assaut israélien contre Gaza, Richard Ramsey, directeur d’une compagnie de télécommunication britannique, a envoyé un courriel à la firme israélienne de technologie MobileMax. « Suite à l’action du gouvernement israélien de ces derniers jours, nous ne serons plus en position d’envisager de faire des affaires avec vous ni avec d’autres compagnies israéliennes. »

Contacté par The Nation, Ramsey a expliqué que sa décision n’était pas politique. « Nous ne pouvons nous permettre de perdre des clients. C’était donc une défensive purement commerciale. »

C’est ce genre de froid calcul commercial qui avait conduit beaucoup de compagnies à quitter l’Afrique du Sud, il y a deux décennies. Et c’est précisément le genre de calcul qui constitue notre espoir le plus réaliste d’amener la justice, si longtemps refusée, en Palestine.


Apparu dans: The nation

vendredi 16 janvier 2009

Israël fait pleuvoir le feu sur Gaza avec des bombes au phosphore

Alors que l'armée israélienne a donné l' assaut aux faubourgs de la ville de Gaza et que le nombre de Palestiniens morts dépasse les 500, on peut voir des bombes dont l'aspect ne trompe pas déployant leurs tentacules de mince fumée blanche pour couvrir l' avance des troupes.


Israël fait pleuvoir le feu sur Gaza avec des bombes au phosphore
Par Sheera Frenkel et Michael Evans
On pense qu'Israël a utilisé des bombes controversées au phosphore blanc pour dissimuler son assaut sur la Bande de Gaza densément peuplée hier. L' arme , utilisée par les forces britanniques et US en Irak, peut causer des brûlures horribles mais n'est pas illégale si elle est utilisée comme écran de fumée.
Alors que l'armée israélienne a donné l'assaut aux faubourgs de la ville de Gaza et que le nombre de Palestiniens morts dépasse les 500, on peut voir des bombes dont l'aspect ne trompe pas déployant leurs tentacules de mince fumée blanche pour couvrir l'avance des troupes. « Ces explosions ont un aspect fantastique , et produisent une grande quantité de fumée qui rend l'ennemi aveugle ainsi nos forces peuvent avancer », a dit un expert de la sécurité israélienne.

Des paquets brûlants de phosphore causent des blessures sévères à quiconque se trouve dessous et obligent les snipers ou les opérateurs de contrôle à distance des engins piégés à se mettre à couvert . Israël a admis avoir utilisé le phosphore blanc pendant la guerre de 2006 avec le Liban.

L'utilisation de l'arme dans la Bande de Gaza, l'une des zones les plus densément peuplées au monde , va vraisemblablement alimenter encore plus la controverse sur l'offensive israélienne, au cours de laquelle plus de 2300 palestiniens ont été blessés.

Le Traité de Genève de 1980 stipule que le phosphore blanc ne doit pas être utilisé comme arme de guerre dans les zones civiles, mais il n'y a pas d'interdiction globale selon le droit international de son usage comme écran de fumée ou pour l' éclairage .

Cependant, Charles Heyman, un expert militaire et ancien major de l'armée britannique, a dit : « Si le phosphore blanc était délibérément tiré sur une foule , quelqu'un finirait devant la Haye. Le phosphore blanc est aussi une arme de terreur. Les paquets de phosphore qui descendent vont brûler au contact de la peau . »

La nuit dernière, les militaires israéliens ont nié avoir utilisé le phosphore, mais ont refusé de dire ce qui a été déployé. « Israël utilise des munitions autorisées par le droit international, » a dit le capitaine Ishai David, porte -parole des forces de défense israéliennes. « Nous persévérons à avancer avec la seconde étape des opérations, à faire entrer les troupes dans la Bande de Gaza pour nous emparer des zones depuis lesquelles les roquettes sont lancées sur Israël ».

Le nombre de civils dans les 24 premières heures de l'offensive terrestre -lancée après une semaine de bombardement depuis l' air , la terre et la mer- était d'au moins 64 morts. Parmi ceux qui ont été tués, il y a eu cinq membres de la même famille qui sont morts quand un tank israélien a tiré sur leur voiture et un infirmier est mort quand un tank a fait sauter son ambulance . Les médecins du plus grand hôpital de Gaza ont dit qu'il y a beaucoup de femmes et d' enfants parmi les tués et les blessés.

L'armée israélienne a aussi connu sa première victime de l'offensive quand un de ses soldats a été tué par un tir de mortier . Plus de 30 soldats ont été blessés par des mortiers, des mines et des tirs de snipers.

Israël a écarté les appels à un cessez-le-feu pour permettre à l' aide humanitaire d'entrer dans le territoire assiégé, où les fournitures médicales sont en train de manquer.

Avec la colère qui monte dans les manifestations anti-israéliennes qui se répandent partout dans le monde, Gordon Brown a décrit la violence à Gaza comme « un moment dangereux ».

Le phosphore blanc : l'écran de fumée chimique qui peut brûler jusqu 'à l'os

— Le phosphore blanc explose en une flamme jaune quand il est au contact de l'oxygène, produisant une mince fumée blanche.
— Il est utilisé comme écran de fumée ou pour des dispositifs incendiaires, mais peut aussi être déployé comme composé anti-personnel capable de causer des brûlures potentiellement mortelles.
— Les brûlures au phosphore sont presque toujours au second ou troisième degré parce que les particules n'arrêtent pas de brûler au contact de la peau jusqu'à ce qu'elles aient entièrement disparu – il n'est pas rare qu'elles atteignent l'os.
— Les conventions de Genève interdisent l'usage du phosphore comme arme offensive contre les civils, mais son usage comme écran de fumée n'est pas prohibé par le droit international.
— Israël a déjà utilisé le phosphore blanc pendant sa guerre avec le Liban en 2006.
— Il a souvent été utilisé parles forces britanniques et US dans les guerres récentes, notamment pendant l'invasion de l'Irak en 2003. Son usage a été largement critiqué.
— Le phosphore blanc est surnommé « Willy Pete », ce qui date de la Première Guerre Mondiale . Il a été communément utilisé pendant la guerre du Viêt-Nam.

Source: The Times

« Témoignage : famille de Gaza massacrée ; survivants détenus



Meysa Fawzi al-Samuni a 19 ans, elle est femme au foyer, son bébé a neuf mois, elle habite dans la ville de Gaza. Elle a donné le témoignage suivant à Iyad Haddad de B’Tselem par téléphone le 7 janvier 2009 :

‘Dimanche [4 janvier] autour de 9 heures du matin, des soldats sont venus à la maison de mon beau-père, Rashed al-Samuni. La maison se trouve à côté d’une entreprise de manufacture de ciment. Nous étions 14 dans la maison, tous de la famille al-Samuni : mon mari Tawfiq (21 ans) et moi, Jumana notre bébé, mon beau-père Rashed (41 ans), ma belle-maman Rabab (38 ans), les frères et sœurs de mon mari – Musa (19 ans), Walid (17 ans), Halmi (14 ans), Zeineb (12 ans), Muhammad (11 ans), Shaban (9 ans), Issa (7 ans), Islam (5 ans) et Isra (2 ans).

Les soldats sont arrivés à pied. Ils ont frappé à la porte. Nous avons ouvert, puis, en nous menaçant avec des armes, ils nous ont forcé à sortir de notre maison. Ils portaient des gilets pare-balles et étaient armés de mitrailleuses. Leurs visages étaient peints en noir. Nous avons quitté la maison. Walid a couru par une autre porte, mais les soldats l’ont rattrapé.

Les soldats nous ont fait marcher jusqu’à la maison du frère de mon beau-père, Talal Halmi al-Samuni (50 ans), à une distance d’environ 20 mètres. Il y avait déjà à peu près 20 personnes dans la maison ; en tout, nous étions 35. Les soldats nous ont quitté, manifestement pour fouiller la maison de mon beau-père.

Environ une heure plus tard, les soldats sont revenus et nous ont ordonné d’aller avec eux à la maison de Wail al-Samuni (40 ans). Sa maison est une sorte d’entrepôt en béton d’environ 200 mètres carrés. Elle se trouve à environ 20 mètres de la maison de Talal, où nous étions. Nous y sommes arrivés à 11h. Là, nous avons trouvé 35 personnes, à ce moment, nous étions en tout 70 personnes. Nous y sommes restés jusqu’au matin suivant sans rien à manger ni à boire.

Autour de 6h du matin [lundi 5 janvier], c’était calme dans la région. Un des hommes de la famille, Adnan al-Samuni (20 ans) a dit qu’il voulait aller chercher son oncle et sa famille pour qu’ils puissent être avec nous autres. Mon beau-papa, son neveu, Salah Talal al-Samuni (30 ans) et son cousin Muhammad Ibrahim al-Samuni (27 ans), était debout à la porte d’entrée de la maison. Ils avaient l’intention de partir ensemble à la recherche de cette famille. Le moment même où ils ont quitté la maison, un missile ou un obus s’est abattu sur eux. Muhammad était tué sur le champs; les autres étaient blessés par les éclats. Mon mari s’est approché d’eux pour leur porter de l’aide, et puis un missile ou un obus a frappé le toit de l’entrepôt. D’après l’intensité de la frappe, je pense que c’était le missile d’un F-16. Au moment de la frappe du missile, je me suis couchée sur notre fille. Tout était fumée et poussière, et j’ai entendu des hurlements et des gens qui pleuraient. Après que la fumée et la poussière se soient quelque peu dissipées, j’ai regardé autour de moi. J’ai vu entre 20 et 30 morts et environ 20 blessés. Il y avait des gens gravement blessés et d’autres légèrement blessés.

Ceux qui gisaient morts, autour de moi, étaient mon mari, qui a été frappé dans le dos, mon beau-père, qui avait subi une frappe à la tête – sa cervelle était à terre – ma belle-maman Rabab, Talal le frère de mon beau-père et sa femme Rhama Muhammad al-Samuni (4 ans), la femme du fils de Talal, Maha Muhammad al-Samuni (19 ans) et son fils Muhammad Hamli al-Samuni (5 mois) dont tout le cerveau avait été éjecté à côté de son corps, Razqa Muhammad al-Samuni (50 ans), Hanan Khamis al-Samuni (30 ans) et Hamdi Majid al-Samani (22 ans).

Le frère de mon mari Musa et moi étions légèrement blessés. Musa avait une blessure à l’épaule et ma main gauche était blessée. Ma fille était touchée à la main gauche. Son pouce, son index et son doigt du milieu ont été arrachés. J’ai pris un mouchoir et j’ai emballé sa main pour arrêter le saignement. Les blessés qui gisaient parterre criaient à l’aide sans pouvoir bouger. Les petits enfants et la grand-mère de mon mari, Shifaa al-Samuni (70 ans) pleuraient.

Environ 15 minutes après la deuxième frappe, Musa a dit que c’était une idée de se sauver dans la maison de son oncle, Assad al-Samuni, à une distance d’environ 20 mètres. Nous y avons couru et frappé au portail, mais personne n’a répondu. Musa a sauté par-dessus le portail, l’a ouvert et nous y sommes entrés. Nous, c’était moi, ma fille, Musa et ses petites sœurs Islam (5 ans) et Isra (2 ans). Il y avait entre 40 et 50 soldats dans la maison et environ 30 personnes rassemblées dans une des chambres, dont entre 7 et 10 hommes. Les hommes avaient les yeux bandés.

Un des soldats s’est approché de moi et a soigné ma fille et moi. Il a pansé nos mains et vérifié nos pouls. Puis, les soldats ont ligoté Musa et lui ont bandé les yeux.

Les soldats nous ont dit qu’ils allaient nous relâcher et laisser seulement Musa et l’oncle Emad au cas où le Hamas viendrait. J’ai compris qu’ils avaient l’intention de les utiliser comme « boucliers humains ». Ils nous ont ordonné de quitter la maison et nous ont fait marcher le long de la rue 400 – 500 mètres jusqu’à ce que nous trouvions une ambulance qui emmène ma fille et moi à l’hôpital al-Shifa. Les autres membres de ma famille ont continué à marcher dans la rue. Plus tard, quelques-uns parmi eux sont aussi arrivés à l’hôpital.

Autant que je sache, les morts et les blessés sont toujours sous les décombres. Je n’en ai vu aucun parmi les gens emmenés à l’hôpital. »





lundi 12 janvier 2009

Je suis juif, et aujourd’hui j’ai honte

Je suis juif, et aujourd’hui j’ai honte.

vendredi 9 janvier 2009.

Je suis juif et j'entends ces bruits, ces bombes, ces souffrances qui hurlent. C'est l'histoire qui me revient pour m'éclater à la face. L'histoire que mes parents m'ont légué pour honnir la guerre honteuse. Je suis juif et je vois le sang, le sang qui coule sous les bombes comme à Guernica. Je suis juif et je sais la révolte désespérée contre l'étouffement et la famine du ghetto de Varsovie. Je sais l'indifférence absolue qui précédait, comme à Gaza.

Je suis juif et je suis frère de racine et d'histoire de ces hommes d'Israël. Ces fils de victimes adossant aujourd'hui l'armure des bourreaux. Quelle honte, quel désespoir de voir ceux qui ont tant souffert, qui ont été tant terrorisés n'engendrer de leur passé qu'un abomineux dédain pour l'âme humaine !

C'est à désespérer. Est-ce la victoire posthume d'Hitler que cette sauvagerie distillée ? Est-ce sa victoire que ce reniement de l'humanisme ? Ah ma mère ! Je me souviens lorsqu'enfant tu me fis l'apprentissage de ce gardien d'immeuble qui vous avait averti, il était communiste, puis de ces religieuses vous extrayant d'un Paris devenu trop dangereux. Ah ma mère ! Je me souviens de ce poème d'Aragon où le résistant arménien avait pour derniers mots « vive le peuple allemand » devant les Nazis qui allaient l'achever. Ma mère, où se cache aujourd'hui la dignité de nos frères d'Israël ou de notre famille aveuglée de haine et de conquête ? Ma mère, il était dur de naître en portant les souffrances de vos vies, mais les enfants d'aujourd'hui vont devoir affronter bien pire : la honte !

Gaza martyr, Liban martyr, Jenine martyr et rien d'autre ne vibre dans leur âme qu'un énervement et une volonté de soumettre ! Que leur demeure t il de sens humain ? N'auraient ils plus qu'un Bush dans les os ?

Les palestiniens perdent leurs chairs, leur sang, leur terre.

Les juifs perdent leur âme, aveuglément engagés derrière l'État d'Israël.

L'horreur s'ajoute à l'horreur sans jamais permettre qu'émerge une étincelle d'intelligence. L'intelligence, la bonne intelligence. La Paix ! Cette Paix qui en tout lieu du monde a la même science : celle du respect partagé. Cette Paix de Kant pour tous les peuples de la terre.

Ce respect est honteusement dénié en affamant, en occupant, en excluant, en dominant. Ce déni qui légitime la rage et fait monter les haines. Ce déni qui rend impossible la fin des armes et des souffrances. Ce déni qui nous plonge dans un massacre récurent où la vie n'a plus la valeur d'une vie.

Le respect, c'est le Droit, partout dans le monde. Le respect, c'est Israël entrant dans la Loi du monde, comme tout le monde. La Loi du monde délimite des frontières depuis 40 ans. Au-delà de ces frontières rien n'est à régenter, à occuper. Des frontières où commence la liberté des autres. Des frontières, tout simplement, comme partout dans le monde. Des frontières pour que monte le respect, premier pas, tout premier pas des humains.

Pour que demain les peuples partagent leurs rêves et que les frontières soient une invitation amicale aux rencontres.

Serge Grossvak,

de l'Union juive française pour la paix,

mercredi, 07 janvier 2009

dimanche 11 janvier 2009

Lutte contre l’apartheid et la guerre : des stars de Hollywood boycottent Zara

Des stars de Hollywood (dont Salma Hayek, Sharon Stone, Whitney Houston, Halle Berry, Drew Barrymore, Brooke Shields, Andie Macdowell et Lucy Liu) ont exigé le retrait immédiat de leurs photographies sur les sites internet de Lev Leviev (marques : Zara, Bershka, Pull and Bear, Massimo Dutti, Stradivarius, Oysho, Kiddy’s Class - Skhuaban, Zara Home, Uterqüe).

Déjà l’ONG britannique Oxfam depuis janvier 2008 et l’UNICEF depuis juin 2008 ont coupé tout lien avec le célèbre milliardaire (210e fortune du monde) et refusé tout don de sa part, compte tenu de l’origine criminelle de sa fortune et des projets illégaux qu’il finance..

Lev Leviev, principal concurrent de De Beers, a constitué un empire financier sur l’exploitation des diamants africains, notamment angolais, en entretenant des situations de guerre. Via la holding Africa Israël Investments, il possède aujourd’hui de nombreuses sociétés immobilières dans le monde (Danya Cebus, AFI), des groupes financiers, des hôtels, des sociétés gazières et pétrolières (Alon/Fina), des médias (Israel Plus TV) et des chaînes de mode. En violation des résolutions de l’ONU, il a utilisé sa fortune pour construire des colonies de peuplement sioniste en volant des terres dans les Territoires palestiniens.

Vous aussi, vous pouvez exiger le respect du droit international : boycottez les sociétés qui servent au financement de l’apartheid et de la guerre.

Source: www.voltairenet.org

jeudi 8 janvier 2009

Levez-vous esprits, penseurs… !

Par Fabienne Marti


« Aimer la vérité, sachez la dire avec courage » Voltaire.

En ce début d’année, aux funestes auspices, demain semble si difficile à entrevoir en terre de Palestine massacrée et sacrifiée sur l’autel d’un impérialisme aveugle mené de main de maître par un petit état démocratique, à l’ambition hégémonique, dont les coups d’éclat exterminateurs, savamment planifiés et mis en scène à quelques semaines d’échéances électorales, viennent cruellement nous rappeler que la haine implacable est l’hiver du cœur.

Loin de Gaza, l’empreinte que laisse la nouvelle fureur guerrière d’Israël à nos sombres pensées est d’une extrême profondeur et gravité. Nos voix révoltées semblent se perdre devant l’immensité de l’horreur et de l’injustice qui s’abat sur la population palestinienne, avec une précision d’orfèvre du conflit armé.

Mais les mots, tout dérisoire qu’ils puissent paraître face au sang versé, n’ont-ils pas été de tout temps de vrais actes de résistance, capables d’éveiller les consciences les plus engourdies et de déclencher de grands mouvements citoyens, et ne nous permettent-ils pas aujourd’hui de coucher modestement sur papier notre plus vive indignation, tout en clamant unis dans une même ferveur et détermination :

« Nous sommes tous Palestiniens ! »

Parce qu’aucun gouvernement ne parviendra jamais à bâillonner l’opinion publique, parce que nous devons refuser avec force qu’il y ait de plus nobles causes à défendre que d’autres, et pour certaines (Ingrid Betancourt) de plus médiatiquement « bankable », parce que nous devons accepter d’être proscrits par une partie de l’intelligentsia manipulatrice qui hurle avec les loups à l’antisémitisme, plus soucieuse de ses propres intérêts que mue par l’éthique et la probité, la Vérité doit devenir un phare dans cette tourmente infâme qui assiège, détruit et tue depuis des décennies en Palestine.

Israël a dressé en toute impunité l’échafaud, mais c’était sans compter la clameur emplie de colère qui gronde dans les rues de nos grandes métropoles françaises et européennes, scandant avec la rage du désespoir l’anathème populaire.

Devant la stratégie belliqueuse que déploie le gouvernement israélien jour après jour sous nos yeux impuissants, ne peut-on légitimement se livrer à une rapide introspection nationale ?

En effet, dans notre France de 2009 plurielle et métissée, qui entonne à l’unisson l’hymne de la diversité, proclamant avec une fierté non feinte reconnaître et aimer tous ses enfants, le silence assourdissant de nos élites, politique et intellectuelle, face au martyre du peuple palestinien est coupable de la plus lâche inconséquence, à défaut d’autre chose…

Notre « pays des Lumières », atone, se cherche désespérément ses grands penseurs qui firent son lustre d’antan…

Où sont les esprits libres, courageux et vertueux, ceux qui osent s’affranchir de toutes les tutelles du pouvoir, de l’argent et de la notoriété, pour s’aventurer sur la voie périlleuse, solitaire, mais ô combien salvatrice de la Lumière ?

Où sont les explorateurs de la Vérité, les pourfendeurs de la haine et de l’ignorance, les âmes intègres et dignes, qui gravent au fronton de « nos murs de la honte » les seuls mots susceptibles d’apaiser la souffrance : justice, raison, espoir, vertu, foi, fraternité ?

Esprits, penseurs, que ne cherchez-vous à dissiper les ombres funestes qui planent sur notre monde ténébreux, pris dans les rets d’un conflit aux intrications internationales, nous conduisant au bord de gouffres insondables, animés par une seule exigence : la Beauté de l’intelligence et du cœur, universelle et rédemptrice, seule à même de rassembler et d’éclairer notre avenir commun.

Face au ressentiment exacerbé qui monte, votre mutisme est fautif.
Face aux mains qui se tendent, votre inertie est blâmable.
Face aux cris de détresse qui retentissent, votre autisme est condamnable.

Devant cette consternante désaffection de ceux qui pensent, légifèrent, et relaient l’information, dont certains s’autoproclament experts de l’islam pour mieux le fustiger en place publique, au moment même où les méfaits d’un capitalisme outrancier nous plongent dans les affres d’une crise économique endémique, ajoutant à l’accablement du quotidien, c’est au plus profond de notre âme que nous trouverons les ressources inépuisables pour garder intacts l’Amour et l’Espoir.

« Aimer la vérité », c’est en percevoir toutes les données objectives.
« Savoir la dire avec courage », c’est admettre une fois pour toutes qu’on on ne réserve pas aux Palestiniens, et plus largement aux musulmans et à l’islam le même traitement qu’aux autres peuples ou religions.

La quête de la vérité est un réel sacerdoce, un engagement plein et entier, dont le prix à payer fait peu d’émules. Le temps des héros semble définitivement révolu…

Aussi est-ce au nom des valeurs universelles qui nous réunissent, à l’image des récentes manifestations qui ont mobilisé plusieurs milliers de concitoyens de toutes confessions, musulmans, juifs et catholiques sous les mêmes bannières, que nous devons opposer sans relâche à l’hydre hideux de la barbarie en Palestine notre volonté nationale de rassemblement pour faire résonner notre réprobation unanime et sans compromission.

Si nos regards en quête de justice, de respect et de fraternité contemplent dans le ciel constellé l’astre divin qui brille et fait renaître l’espoir, c’est pour mieux interpeller ceux qui ici-bas raisonnent, dissertent, débattent, font et défont l’opinion :

Sortez de votre torpeur, Esprits, Penseurs,
Partez à l’assaut de toutes les citadelles de nos préjugés,
Montez sur les tours, sentinelles de l’Intelligence, de l’Ethique et de la Vérité,
Combattez l’ignominie, et répandez l’idéal de Justice,

Levez-vous donc Esprits, Penseurs !
Il n’est que temps…

Souce: www.oumma.com

mardi 6 janvier 2009

Témoignage du directeur de bureau de Muslim Hands à Gaza



Les bombardements ont été intenses ces 2 derniers jours après l’offensive terrestre. Ma maison est située au nord de la bande de Gaza qui est considérée comme la région la plus touchée par les bombardements. De chez moi, je peux voir les missiles qui tombent sur les maisons. Il y a deux jours, j’ai vu la destruction d’un grand réservoir d’eau par un missile. Ce réservoir était l’une des principales sources d’eau potable pour plus de 120 000 habitants. 70% de la population de la bande de Gaza n’a pas accès à l’eau, et en particulier au nord de la ville de Gaza. Cette pénurie est due aux coupures d’électricité et le manque de carburant pour le fonctionnement des générateurs électriques.

La majeure partie de la bande de Gaza est isolée : pas d’électricité et très peu de moyens de communication. Les hôpitaux de Gaza subissent une coupure du courant depuis plus de 48 heures. Ils dépendent des générateurs électrogènes qui vont bientôt manquer de fuel. Ce qui va conduire à une catastrophe sanitaire. À l’hôpital Shifa, l’arrêt de ces groupes électrogènes aurait des conséquences immédiates pour 70 patients dans les unités de soins intensifs. La situation sécuritaire empêche également le personnel médical de se rendre à l’hôpital.

Beaucoup de maisons ont été détruites à ce jour et environ 13 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur de la ville. J’ai rencontré une mère de cinq filles dont la maison a été bombardée la nuit pendant qu’elles dormaient. Elle remercie Dieu d’avoir préserver sa famille. Seulement une de ses filles a été blessée.

La plupart des habitants ont retiré les vitres de leurs fenêtres afin de ne pas recevoir d’éclats de verre lors des bombardements. Alors même que les habitants subissent le froid de plein fouet sans moyen de se chauffer faute de carburant.

Aujourd’hui, j’ai été informé que la plupart des boulangeries sont fermées faute de farine et d’électricité pour les faire fonctionner.

La situation sécuritaire empêche également l’équipe de Muslim Hands d’atteindre les personnes nécessiteuses et les hôpitaux. J’ai appelé la Croix-Rouge afin de nous faciliter la circulation, ils ont répondu que la situation est très dangereuse même pour la Croix-Rouge et que leurs équipes aussi ne peuvent pas atteindre leurs bureaux.

Néanmoins, nous avons réussi jusqu’à présent à fournir les hôpitaux de la bande de Gaza avec des fournitures médicales jetables pour les soins chirurgicaux.

Dr. Saed Saleh- Muslim Hands Gaza, le 05 janvier 2009